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Pourquoi je décale mon injection PV de 13 h à 16 h (mesures réelles)

J'étais le problème. Mes panneaux produisaient à midi, j'injectais au moment exact où le réseau français n'en avait aucun besoin, et je contribuais — à ma toute petite échelle — à un problème systémique qui fait perdre des centaines de millions d'euros chaque année aux producteurs d'électricité. Je ne le savais pas, parce que je ne mesurais pas ce que ma 3 kWc faisait vraiment.

Depuis que j'ai installé un stockage piloté, mes chiffres ont changé. Sur l'année 2025, mon installation a produit 3,2 MWh dont seulement 274 kWh injectés au réseau — soit 91 % d'autoconsommation sur la production, contre ~35 % en moyenne pour une installation 3 kWc classique sans batterie. Et le plus intéressant : ce n'est pas pour l'argent.

Cet article raconte pourquoi, comment, et ce que mes courbes Shelly croisées avec les données RTE 2024 révèlent sur un paradoxe que peu de gens regardent en face.

1. Le problème — le pic solaire qui n'aide personne

À l'échelle d'une maison, on ne voit rien. On produit, on consomme, on envoie le surplus sur le réseau. On regarde peut-être la facture une fois par an, et si le compteur indique qu'on a vendu quelques euros d'électricité, on est content. Fin de l'histoire.

Mais à l'échelle nationale, il se passe quelque chose de beaucoup plus embêtant. Les données du bilan électrique RTE 2024 — publiées en données définitives, que j'ai traitées quart d'heure par quart d'heure — racontent très clairement ce paradoxe :

Courbe horaire moyenne 2024 en France : production solaire (courbe verte, pic à 8,9 GW à 13h) superposée à la consommation nationale (courbe grise, pic midi à 55,4 GW et pic soirée à 54,2 GW). Une zone ambrée marque la période 11h-15h où le ratio solaire/conso est le plus élevé.
Production solaire (courbe verte) et consommation (courbe grise) France — moyenne horaire 2024, données RTE eCO2mix. Le pic solaire national est à 13 h avec 8,9 GW, soit ~17 % de la consommation instantanée.

Deux lectures de cette courbe sont essentielles :

  1. Le pic solaire national est centré sur 13 h, avec 8,9 GW en moyenne annuelle — c'est précisément le moment où l'astre culmine, et c'est logique.
  2. La consommation française a deux pics : un à midi lié aux repas et à l'activité de bureau (55,4 GW), et un deuxième en soirée vers 19 h (54,2 GW) lié au retour à la maison, à la préparation du dîner, et à l'éclairage. Entre 15 h et 17 h, on est dans un creux relatif — et c'est à ce moment que le solaire arrête progressivement de produire.

Le problème n'est donc pas que le solaire produit "trop" en moyenne. Il produit au bon moment sur le volume global. Le problème est la synchronisation : quand des millions de panneaux résidentiels injectent simultanément leur surplus, l'offre dépasse brutalement la demande sur les marchés de gros, et le prix spot s'effondre — parfois en-dessous de zéro.

La question est : combien de temps par an est-on dans cette situation ?

Histogramme montrant pour chaque mois de 2024 le pourcentage de quart-heures où le ratio solaire/consommation dépasse 15% en France. Les mois d'avril à septembre sont au-dessus de 20%, avec un pic en août à 34%. Janvier, février, novembre, décembre sont proches de 0%.
Part du temps (en quart-heures) où le ratio solaire / consommation en France dépasse 15 % en 2024, mois par mois. Seuil indicatif utilisé comme proxy de la pression sur les prix spot.

Les chiffres bruts sont saisissants : 2 841 quart-heures sur 17 568 ont un ratio solaire/conso supérieur à 15 % en 2024, soit environ 710 heures par an, concentrées d'avril à septembre. En juillet et août, un tiers des quart-heures sont dans cette zone. Sur ces moments-là, n'importe quel kWh injecté au réseau par un particulier s'ajoute à une offre qui est déjà massivement au-dessus de la demande résiduelle. C'est typiquement les dimanches ensoleillés, quand les bureaux et les usines sont fermés et que les foyers consomment peu. Les prix spot deviennent régulièrement négatifs sur ces créneaux — c'est l'objet d'un article dédié dans ce blog pour ceux qui veulent les mécanismes économiques en détail.

Quand j'ai regardé cette courbe, je me suis rendu compte que mes propres panneaux contribuaient exactement à ce phénomène pendant un gros tiers de l'année, sans que je le voie, et que la seule raison pour laquelle ça ne me coûtait rien, c'est que je n'étais pas exposé aux prix spot — ce sont les producteurs de marché qui encaissent, pas moi.

2. Comment je mesure tout ça

Avant de prétendre "j'ai changé mes courbes", il faut pouvoir montrer des courbes. Cet article repose sur une installation de mesure dédiée — un module Shelly Pro 3 EM au point d'entrée général du tableau électrique, un Emporia Vue avec 16 pinces CT individuelles sur les circuits critiques, et le portail Enphase côté micro-onduleurs — que je documente en détail sur une page séparée.

📐 Voir le setup complet : Mon lab d'instrumentation énergétique — schéma du tableau, spécifications des capteurs, architecture Zendure Hyper 2000 et contexte de l'installation 3 kWc. Toutes les courbes de cet article sortent directement de ces trois sources.

Pourquoi c'est important ? Parce que la majorité des articles francophones sur l'autoconsommation parlent de chiffres constructeur, de projections commerciales ou de modélisations théoriques. Quand un installateur écrit "55 à 70 % d'autoconsommation", c'est une promesse marketing, pas une mesure. Ici, les chiffres sont ce que mes compteurs ont enregistré, avec leurs limites, leurs anomalies et leurs surprises.

3. La stratégie — stocker ce que je ne consomme pas, le réutiliser plus tard

Cet article raconte une application concrète d'un sujet plus large que j'ai documenté dans un pilier dédié : le panorama des technologies de stockage d'énergie. Ce qui suit est un cas particulier — une batterie électrochimique Li-ion à l'échelle résidentielle, l'une des quatre grandes familles technologiques détaillées dans le pilier. Le pilier pose les principes fondamentaux ; cet article montre ce que ça donne quand on les applique à une vraie maison instrumentée.

Mon installation est volontairement hybride. L'essentiel de la puissance crête (3 kWc) passe par des micro-onduleurs Enphase et remonte côté AC vers le tableau et le réseau. Mais deux panneaux — les plus éloignés, posés au fond du jardin — sont raccordés en entrée directe DC sur deux stacks Zendure Hyper 2000, chacun équipé de deux batteries AB2000S. Capacité totale : ~7,7 kWh utiles.

La logique de pilotage n'est pas une charge programmée à une heure fixe, c'est une règle beaucoup plus simple et continue : le surplus que la maison ne consomme pas à cet instant précis part vers le stockage plutôt que vers le réseau, et la batterie restitue plus tard ce qu'elle a accumulé, quand la demande du foyer dépasse de nouveau la production instantanée. C'est un arbitrage instantané, pas un calendrier :

Le point-clé c'est que je n'ai aucune incitation économique directe à piloter tout ça ainsi. En autoconsommation résidentielle, le tarif d'achat du surplus est fixe. Peu importe si j'injecte à 13 h quand le prix spot est à -50 €/MWh ou à 17 h quand il est à +80 €/MWh : je touche la même chose. Décaler l'injection ne m'enrichit pas d'un centime.

L'intention c'est simplement : ne pas amplifier un problème auquel je participerais autrement sans le vouloir.

4. Mes chiffres 2025 — ce que Shelly a vraiment vu

Passons aux mesures. Voici ce qu'a enregistré le Shelly Pro 3 EM au point d'entrée général de la maison pour l'année 2025, mois par mois. Les barres grises sont ce que j'ai soutiré du réseau (ma consommation externe nette), les barres vertes sont ce que j'ai injecté.

Histogramme mensuel 2025 montrant la consommation tirée du réseau (barres grises, très hautes en hiver jusqu'à 1149 kWh en janvier, très basses en été avec 92 kWh en juin) et l'injection au réseau (barres vertes, très faibles toute l'année sauf un pic à 87 kWh en août pendant les vacances).
Soutirage et injection réseau 2025 mesurés par le Shelly Pro 3 EM au point d'entrée général. Total consommation : 6 228 kWh. Total injection : 274 kWh (4,4 % de la consommation).

Trois choses à regarder sur ce graphique :

a) L'écart saisonnier est énorme

En janvier, j'ai soutiré 1 149 kWh du réseau. En juin, seulement 92 kWh. Un rapport de 1 à 12. C'est la combinaison de trois effets : (1) les deux pompes à chaleur tirent beaucoup en hiver et presque rien en été, (2) la production solaire est minimale en hiver et maximale en été, (3) le stockage fonctionne quand il y a quelque chose à stocker. Sur juin, la maison est quasiment autonome côté énergie électrique — le solaire couvre l'essentiel de la conso, le peu qui déborde part dans la batterie puis ressort pour l'usage soirée.

b) L'injection annuelle est minuscule

274 kWh injectés au réseau sur toute l'année, pour une installation qui a produit 3 200 kWh selon le portail Enphase. Soit environ 91,4 % d'autoconsommation de la production. La référence dans le secteur pour une installation résidentielle 3 kWc sans stockage piloté est de l'ordre de 30-40 %. La marge est considérable, et elle se voit directement dans le fait que les barres vertes sont quasi invisibles sur 11 mois de l'année.

c) Le pic d'août — l'anomalie honnête

Et puis il y a août. 87 kWh injectés en un seul mois, soit 32 % de l'injection annuelle concentrés sur les 4 semaines de vacances d'été. Le pic est le résultat d'une conjonction triple qui fait s'emballer le déséquilibre production/conso :

Note méthodologique : les 2 panneaux de jardin raccordés en direct sur les Zendure sont venus plus tard (fin août / début septembre 2025), donc trop tard dans le mois pour avoir significativement amplifié le pic d'injection d'août. Le déséquilibre de ce mois est bien attribuable aux 3 facteurs ci-dessus, pas à l'évolution d'architecture.

Résultat : la batterie se remplit tous les jours en début d'après-midi sans avoir le temps de se vider le soir (personne pour consommer), et le surplus qui déborde part sur le réseau. Au pire moment de l'année côté marchés, et c'est précisément ce qu'on voit dans le graphique RTE plus haut.

Le pic d'août, en relativisant : oui, pendant ces quelques semaines de vacances, je perturbe un peu le réseau — mes 87 kWh injectés ne sont pas zéro. Mais ils restent très inférieurs à ce qu'aurait fait la même 3 kWc sans stockage, qui aurait envoyé l'essentiel de la production d'août directement au réseau au pire moment de l'année. Et surtout : si la majorité des juillettistes et aoûtiens équipés de solaire + batterie avaient la même logique, on lisserait collectivement beaucoup mieux le pic résidentiel d'été. C'est ce principe d'agrégation statistique — quand des milliers de foyers font le même choix individuel, l'effet systémique devient significatif — que décrivent les centrales électriques virtuelles. Mon pic d'août reste un point faible structurel de mon installation, mais il est à relativiser à l'échelle du problème global.

5. Mes chiffres 2026 — la preuve que ça marche même en hiver

Une objection évidente : "OK, 91 % d'autoconsommation, mais c'est évident parce que ton été est bon. Ta batterie sert à rien en hiver, elle est vide." Réponse : non. Les screenshots suivants viennent de l'app Zendure et montrent l'activité de la batterie mois par mois sur début 2026.

Graphique en barres montrant l'activité de la batterie Zendure Hyper 2000 sur les 4 premiers mois de 2026 : janvier environ 45 kWh chargés et 30 kWh déchargés, février 90/65, mars 110/80 (pic d'activité), avril 85/60. Total YTD 331 kWh chargés et 253 kWh déchargés, rendement 76%.
Activité Zendure Hyper 2000 sur les 4 premiers mois 2026 — charge depuis le PV et décharge vers la maison. Données exportées depuis l'app Zendure. Rendement round-trip ~76 % (cohérent avec une batterie LiFePO4 + conversions AC/DC).

Sur 4 mois de janvier à avril 2026, le Zendure a chargé 331 kWh et déchargé 253 kWh, avec un rendement round-trip autour de 76 %. L'activité est minimale en janvier (peu de production solaire, peu de surplus à stocker) et monte progressivement au fil des mois. Mais même en janvier, la batterie travaille. Parce que même en hiver, les journées ensoleillées existent, et même quand la production totale est faible, il peut y avoir des créneaux de 2-3 heures où je produis plus que ma conso instantanée.

C'est important à comprendre : le décalage d'injection ne se joue pas à l'échelle d'une saison, il se joue à l'échelle d'une journée. Tant qu'il existe des heures dans la journée où ma production est supérieure à ma conso, même en hiver, la batterie peut absorber ce surplus et le redistribuer plus tard dans la même journée.

6. "Un particulier seul, ça ne change rien"

Restons honnêtes. Mon installation contribue à hauteur de 0,0000002 % de la production solaire française. Si je décale mes 274 kWh d'injection annuelle, le pic solaire national reste strictement identique. L'incident ibérique d'avril 2025 — qui a montré ce qui se passe quand un réseau devient trop dépendant de sources synchronisées — ne serait en rien modifié par mon comportement individuel.

Donc pourquoi je le fais ?

D'abord parce que c'est un pattern qui peut scaler. Il y a environ 1 million de foyers en autoconsommation photovoltaïque en France en 2026. Si un tiers d'entre eux avaient du stockage piloté avec une logique de décalage d'injection, ce serait plusieurs centaines de MW de pic solaire de midi absorbés sur place au lieu d'être déversés sur le réseau. À cette échelle, ce n'est plus négligeable. C'est précisément le principe d'une centrale électrique virtuelle résidentielle — même sans coordination centralisée, l'agrégation statistique de décisions individuelles allant dans le même sens produit un effet systémique.

Ensuite parce que je n'ai pas envie d'être le maillon de plus dans une logique que je trouve par ailleurs absurde. Injecter massivement au pic de midi pour ensuite tirer sur des moyens pilotables le soir quand il fait nuit, c'est exactement l'inverse de ce qu'un réseau sain devrait faire. Je ne me considère pas "sauveur du climat" pour autant — mon installation reste dans l'ordre de grandeur du bruit statistique. Mais au moins je ne suis pas le problème à mon échelle, et c'est déjà quelque chose.

7. L'aveu économique — ce que ça me rapporte vraiment

Premier point à clarifier : le décalage d'injection en tant que tel ne me rapporte pas un centime. En France, un particulier qui vend son surplus sous contrat Obligation d'Achat touche un tarif fixe qui ne dépend absolument pas du moment où il injecte. Que je livre mon kWh à 13 h en plein soleil ou à 17 h quand la batterie déborde encore, je suis payé pareil.

Mais la batterie elle-même, indépendamment de sa stratégie de décalage, a un intérêt économique réel. Elle ne joue pas sur le moment de l'injection, elle joue sur l'arbitrage entre le prix auquel je vends (autour de 10 cts / kWh en obligation d'achat) et le prix auquel je rachète (autour de 24 cts / kWh en tarif bleu EDF) :

Le calcul en gros :
Brut, chaque kWh que je stocke au lieu de le vendre, puis que je consomme au lieu de l'acheter, me rapporte 24 − 10 = 14 cts.
Mais il faut retrancher les pertes de conversion. Sur les données 2026 de l'app Zendure, mon rendement round-trip mesuré est de ~76 % (253 kWh déchargés pour 331 kWh chargés). Concrètement : pour 1 kWh que j'envoie dans la batterie, je récupère 0,76 kWh côté AC plus tard.
Bilan net par kWh stocké : 0,76 × 24 − 10 ≈ 8 cts. Soit une fourchette réaliste de 6 à 8 cts/kWh selon les pertes instantanées, les frais réseau non-compressibles, et la façon dont on compte exactement le TURPE sur l'énergie consommée.

Étendu sur l'année, avec les chiffres 2026 début de période (331 kWh chargés en 4 mois, hors haute saison) et une extrapolation prudente sur l'année complète, on arrive dans l'ordre de 80 à 150 €/an d'économie nette rendue possible par la batterie — pas par le décalage, par le stockage lui-même. Pour deux stacks Hyper 2000 + 4 AB2000S achetées, le temps de retour de la batterie seule (hors panneaux) se compte en années, pas en mois.

Rapporté à cette rentabilité modeste, deux choses sont honnêtes à dire : (1) mon choix d'architecture (deux stacks Zendure plutôt qu'une batterie plus grosse et moins chère) n'est sans doute pas optimal si on regarde uniquement la dimension financière, (2) sur la question "est-ce que cette batterie se rentabilise rapidement", la réponse est non — et aucun commercial honnête ne devrait prétendre le contraire. Ce qui change, c'est le rapport bénéfice/coût quand on prend aussi en compte la robustesse (coupures réseau), l'effet d'entraînement pédagogique (tout ce qu'on mesure devient visible), et l'argument "ne pas contribuer au problème" dont parle tout cet article.

Un article dédié viendra sur ce sujet — « Faut-il vraiment une batterie pour son autoconsommation ? » — dans la suite de ma série éditoriale. Il reprendra le calcul ROI complet avec amortissement et cas limites. Ici, je ne prétends pas que la batterie est "rentable", je dis qu'elle m'apporte un bénéfice modeste mais mesurable, tout en me permettant de ne pas être le problème. Les deux peuvent coexister.

8. Ce qui ne marche pas (ou mal)

Il y a plusieurs choses sur lesquelles je me suis trompé, ou dont j'ai découvert les limites à l'usage :

a) 3 kWc, c'est trop petit pour la mi-saison — et pourtant 6 kWc serait trop l'été

Sur les mois de printemps et d'automne, la production est correcte mais je suis court. Assez pour couvrir les besoins instantanés quand le soleil est là, pas assez pour remplir vraiment la batterie au-delà d'un usage de nuit léger. Le problème, c'est qu'en France le dimensionnement résidentiel est piloté par les paliers d'aides à l'autoconsommation : la prime est structurée autour de deux seuils — ≤ 3 kWc et ≤ 6 kWc — avec un montant dégressif au-delà. Autrement dit, "4 kWc" ou "5 kWc" existent techniquement mais n'ont aucun sens économique en France : on part sur 3 kWc (prime la plus rentable au kWc), ou on part sur 6 kWc (prime totale plus élevée mais coût initial doublé). Il n'y a pas de sweet spot intermédiaire.

Avec le recul, j'aurais probablement dû partir sur 6 kWc malgré tout, pour couvrir correctement mi-saison et une partie de l'hiver. Mais soyons clair sur le prix à payer : 6 kWc en plein été, j'aurais été obligé d'injecter au réseau, batterie ou pas batterie. La production estivale dépasserait tellement ma consommation et la capacité d'absorption de mes deux stacks Zendure que le stockage ne suffirait plus à retenir le surplus. Le seul "luxe" supplémentaire qu'une installation surdimensionnée m'offrirait, ce serait par exemple de lancer une machine à laver à 8 h du matin en arrivant dans la cuisine, parce que la batterie serait pleine depuis la veille — mais ce genre d'usage marginal ne déplace pas assez de volume pour empêcher l'injection massive pendant le pic estival.

Autrement dit : il n'y a pas de "bon dimensionnement" propre dans mon cas. Soit je sous-produis au printemps (ma situation actuelle), soit je surproduis au cœur de l'été et j'accepte d'injecter sans pouvoir l'éviter. Le compromis le moins mauvais était probablement le 6 kWc malgré tout, mais il faut l'assumer pour ce qu'il est : un choix où l'injection forcée en juillet-août fait partie du deal.

b) Le décalage casse en vacances d'été

C'est visible sur le pic d'août à 87 kWh. Quand la maison est vide, la batterie se remplit mais elle ne se vide pas, et le surplus part quand même sur le réseau. Théoriquement, il serait possible de programmer la décharge de la batterie sur un usage différé — ballon d'eau chaude piloté, bornes EV en décharge forcée, etc. — quand aucune conso naturelle n'est disponible. Dans mon cas concret, je n'ai rien de prévu sur ce sujet pour le moment : c'est une limite que j'assume, pas un chantier en cours. Comme rappelé plus haut, le pic d'août reste marginal comparé à ce qu'injecterait la même installation sans batterie du tout.

c) L'hiver profond reste une limite structurelle

En décembre, la batterie charge 45 kWh sur le mois et décharge 30 kWh. C'est déjà ça, mais ça ne sauvera jamais la conso hivernale d'une maison avec deux PAC. Le décalage d'injection en hiver est marginal simplement parce que le surplus à décaler est marginal. Aucune installation résidentielle française ne contourne la physique : quand il fait nuit à 17 h et que les panneaux sont à 5 % de leur capacité, il faut bien que l'énergie vienne de quelque part.

d) Pas encore de domotique centralisée pour piloter plus finement

Aujourd'hui, le pilotage Zendure se fait via l'app fabricant. Ça marche, mais je ne peux pas corréler mon décalage avec des signaux externes (comme le signal Tempo d'EDF ou un tarif dynamique). La migration en cours de Jeedom vers Home Assistant devrait permettre cette orchestration plus fine — c'est un autre chantier en cours, détaillé dans mon lab.

9. Questions fréquentes

Est-ce que le décalage d'injection solaire est rentable financièrement pour un particulier ?

Non, pas directement. En autoconsommation avec vente du surplus sous contrat OA, le tarif d'achat est fixe — le producteur résidentiel n'est pas exposé aux prix spot négatifs. Décaler son injection n'améliore pas la recette. La rentabilité de la batterie se joue sur l'autoconsommation elle-même (ne pas acheter à 0,22 €/kWh ce qu'on a déjà produit), pas sur le timing de l'injection.

Est-ce que ça aide vraiment le réseau électrique ?

À l'échelle d'un foyer, l'effet est négligeable. À l'échelle agrégée, oui : si des milliers de résidences font le même choix, on aplatit le pic d'injection solaire de midi qui est précisément le moment où le réseau n'a besoin de rien. Les données RTE 2024 montrent que 710 heures par an (8 % du temps) ont un ratio solaire/conso supérieur à 15 % — c'est là que le problème se joue.

Peut-on faire la même chose sans une batterie Zendure ?

Oui, n'importe quelle batterie domestique pilotable par créneau horaire peut servir — Zendure, Anker Solix, EcoFlow, Tesla Powerwall, ou toute batterie couplée à un système de gestion énergétique (HEMS ou Home Assistant). Ce qui compte c'est la capacité de pilotage temporel, pas la marque.

Faut-il une installation domotique pour automatiser le décalage d'injection ?

Pour les batteries grand public modernes (Zendure Hyper, Anker Solix, EcoFlow), le pilotage est assuré par l'app fabricant — pas besoin de domotique propre. Pour aller plus loin (corrélation avec signal Tempo, tarifs dynamiques, prévisions météo), Home Assistant ou équivalent devient utile.

Quel est le taux d'autoconsommation réel avec cette stratégie ?

Sur l'année 2025, mon installation de 3 kWc a produit 3,2 MWh dont 213 kWh réellement injectés au réseau (côté Enphase) ou 274 kWh mesurés côté Shelly. Soit environ 91-93 % d'autoconsommation de la production. Pour référence, la moyenne sans batterie est de l'ordre de 30-40 % pour une installation 3 kWc classique en France.

10. Ce qu'il faut retenir

Trois points essentiels si vous devez partir avec un seul takeaway de cet article :

  1. Le pic solaire national est à 13 h, et c'est un problème. Pas parce que le solaire est "trop", mais parce que des millions de sources synchronisées injectent au même moment sur un réseau qui n'a pas un besoin équivalent à cet instant précis. 710 heures par an (8 % du temps), en 2024, la France a un ratio solaire/conso qui dépasse 15 %.
  2. Un stockage résidentiel bien piloté change trois choses en même temps : le timing de l'injection (quand on rend de l'énergie au réseau), le volume d'injection (beaucoup moins — 91 % d'autoconsommation contre ~35 % en standard sans batterie), et le volume de soutirage (moins de kWh achetés au réseau, puisque la batterie couvre une partie des appels de puissance). Sur mes 3 kWc avec deux stacks Zendure Hyper 2000, l'effet des trois dimensions est mesurable et se voit jusque dans les screenshots d'app fabricant.
  3. Ce n'est pas un calcul financier, c'est un choix systémique. En autoconsommation résidentielle française, le particulier ne touche pas aux prix spot négatifs. Mais il n'est pas non plus obligé d'amplifier un problème qu'il subit ensuite indirectement via les prix de l'électricité. Entre les deux, il reste une marge d'action éthique.

Pour ceux qui veulent creuser : j'instrumente cette installation en permanence, tous les setups et les détails sont sur la page mon lab. Les autres retours d'expérience mesurés arriveront au fil des prochains mois — notamment un article dédié "faut-il vraiment une batterie pour son autoconsommation ?" qui reprendra la dimension financière que j'ai volontairement survolée ici.

Et si vous avez vos propres courbes Shelly, Emporia, Home Assistant ou équivalent, et que vous êtes curieux de comparer — n'hésitez pas à me contacter. Les mesures partagées entre instrumenteurs valent beaucoup mieux que les simulations.